Le racisme en EHPAD : parlons-en !

De nombreux établissements pour personnes âgées dépendantes EHPAD accueillent des résidents issus de la population majoritaire et emploient des équipes aux origines ethniques minoritaires.

Ces lieux de vie cristallisent un certain nombre de tensions en lien avec la discrimination raciale. Les EHPAD sont révélateurs de l’incompréhension et parfois de la peur ressentie par les professionnels de santé qui se trouvent face à des comportements racistes voire injurieux.

Le vieillissement de la population française est en augmentation en 2026 et les accueils en Ehpad se multiplient rendant la lutte contre le racisme et les discriminations plus que jamais indispensable tant pour la qualité de l’accompagnement que pour le respect des droits fondamentaux.

Le racisme en EHPAD : une réalité invisible

Les troubles cognitifs des résidents d’EHPAD peuvent conduire à des discriminations augmentées par des stéréotypes et des préjugés préexistants.

L’objectif est de déconstruire les préjugés pour éviter de commettre un délit car la parole discriminatoire, raciste ou antisémite n’est pas une opinion, mais est punie par la loi.

Le racisme peut prendre des formes multiples : propos stigmatisants entre résidents, attitude discriminatoire envers les professionnels, refus de soins ou comportements différenciés selon l’origine réelle ou supposée des intervenants. Ces situations sont parfois minimisées lorsqu’elles impliquent des personnes âgées présentant des troubles cognitifs, mais leurs effets sur les équipes et le climat institutionnel sont durables. Les auxiliaires de vie et aides-soignantes sont en première ligne du soin et de l’accompagnement quotidien et sont particulièrement exposées à ces situations. La parole xénophobe semble se libérer.

Le profil des auxiliaires de vie : une diversité vulnérable

Les auxiliaires de vie, en particulier en EHPAD, présentent un profil socio-professionnel de forte diversité culturelle et sociale. 80 % de ces professionnels est issus de l’immigration ou descendants de familles immigrées en particulier Afrique subsaharienne, Maghreb, Caraïbes, Europe de l’Est, Asie. Ce métier est majoritairement féminin.

Ces professionnels de santé peu visibles et non reconnus, occupent une place centrale dans la vie des résidents d’EHPAD. Cette diversité expose à des propos racistes, à des stéréotypes ethniques ou à des remises en cause de leurs compétences.

Le profil social culturel des présidents en EHPAD

Les résidents appartiennent majoritairement à des générations nées entre les années 1930 au début des années 1950. Leur profil socio- culturel est marqué par à contexte historique différent que celui de maintenant. En effet, beaucoup ont grandi dans une société moins diverse culturellement, avec des normes et des représentations en rapport avec l’autorité et éloignés des valeurs actuelles de diversité et d’inclusion. Les résidents sont d’anciens ouvriers, agriculteurs, employés et cadres avec des niveaux d’éducation culturelle très variables. Les résidents font partie de la majorité culturelle de la France. Toutefois, on observe une augmentation progressive de personnes âgées issues de l’immigration arrivées en France dans les années 1960.

Les maladies neurodégénératives peuvent parfois altérer le contrôle des paroles et des comportements avec une désinhibition renforcée par la maladie.

Un cadre juridique protecteur non utilisé

La loi française garantit l’égalité de traitement et interdit toute discrimination fondée sur l’origine, l’ethnie ou la religion. La charte des droits et libertés de la personne impose le respect de la dignité de chacun résident comme de chaque professionnel.

Plusieurs directions d’EHPAD ont pris à bras le corps la problématique du racisme en particulier dans l’Yonne, au Havre et donnent la parole aux soignants pour permettre de protéger leurs salariés lors des comportements discriminatoires provenant de résidents.

L’Ehpad de Saint-Julien-du-Sault (Yonne) veut dire stop aux cas de racisme.

“Les résidents ont des droits, qu’on promeut le plus possible, mais aussi des devoirs” glisse Hugo Vidal-Rosset directeur de l’Ehpad de Saint Julien du Sault.

L’équilibre entre la compréhension et la fermeté institutionnelle est soutenu par plusieurs directeurs d’hôpitaux avec des formations et une adaptation des pratiques

En effet, après plusieurs témoignages d’aides-soignants se plaignant du comportement de certains résidents, il est mis en place des groupes de paroles, des témoignages, des formations ainsi que des sensibilisations des résidents et des familles.

Une adaptation des pratiques professionnelles aux réalités générationnelles et culturelles des personnes résidents est également développée.

Réagir protéger et accompagner

Les établissements devraient disposer de procédures claires de signalement et de traitement des situations racistes. Les aides-soignants doivent pouvoir s’exprimer sans crainte de représailles. Parfois le recours à des médiations, à des psychologues ou à des références est nécessaire. Construire une culture d’établissement inclusive permet de lutter contre le racisme et doit s’inscrire dans un projet d’établissement en même temps que le projet de soins et le projet de vie sociale.

Les EHPAD sont à la croisée de générations de culture et des vulnérabilités. Lutter contre le racisme est reconnaître la diversité des résidents et des professionnels de santé. Le rôle des directeurs d’Ehpad est de protéger les plus exposés et de garantir un accompagnement digne et respectueux. Le bien-être au travail et le respect des valeurs fondamentales de la société font partie de la qualité des soins.

Pascale Karila-Cohen

Dr Pascale Karila-Cohen, radiologue hospitalière, entrepreneuse engagée, fondatrice de docndoc.fr. Collectifs de professionnels de santé luttant contre les déserts médicaux depuis 2016.

Dans la même catégorie

Bouton retour en haut de la page
1s
toute l'actualité sur l'innovation médicale
Une fois par mois, recevez l’essentiel de l’innovation en santé, sans spam ni surplus.
Une newsletter totalement gratuite
Overlay Image