Koord : quand la télécoordination vient combler le manque de médecins en EHPAD

Délais qui s’allongent, postes vacants, équipes sous tension. Dans de nombreux EHPAD, trouver un médecin coordonnateur devient un défi quotidien.

Dans les EHPAD, la question n’est plus vraiment de savoir si la pénurie médicale existe. Elle est là, installée, durable, et elle pèse chaque jour un peu plus sur l’organisation des soins. Trouver un médecin coordonnateur, dans certains territoires, relève désormais de la course d’endurance. Les postes restent vacants, les équipes s’adaptent comme elles peuvent, et la continuité médicale devient parfois un exercice d’équilibriste. C’est sur cette ligne de faille que Koord, anciennement TeleMediCare, déploie son modèle de télécoordination des soins, avec une promesse simple en apparence, mais décisive sur le terrain : recréer du lien médical là où il commence à manquer.

Une pénurie de médecins coordonnateurs qui fragilise tout l’édifice

Le sujet n’a rien d’anecdotique. Dès 2022, près de 50 % des EHPAD présentaient déjà une carence totale ou partielle de médecins coordonnateurs. Et pendant que ces postes se vident, la population vieillit, les besoins augmentent et les situations cliniques gagnent en complexité. En dix ans, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a progressé de plus de 21 %, accentuant mécaniquement la tension sur les établissements médico-sociaux.

Dans ce contexte, la coordination des soins cesse d’être une fonction de support. Elle redevient ce qu’elle a toujours été : un point névralgique. Quand elle se fragilise, ce ne sont pas seulement des plannings qui se dérèglent. Ce sont des décisions qui prennent plus de temps, des parcours qui se morcellent, des équipes qui portent à bout de bras une continuité de soin devenue plus difficile à garantir.

La télécoordination, ou l’idée de prolonger la présence médicale sans la faire disparaître

C’est là que la télécoordination prend son relief. Non pas comme un substitut à la médecine de terrain, ni comme un gadget technologique plaqué sur un problème structurel, mais comme une manière différente d’organiser la présence médicale. L’enjeu n’est pas de remplacer. L’enjeu est de relier.

Koord s’est construit sur cette intuition. Fondée par William David et le Dr Bernard David, l’entreprise est née du terrain, au contact direct des EHPAD et de leurs contraintes très concrètes. Leur point de départ tient en une observation presque brutale dans sa simplicité : les établissements n’arrivent plus toujours à garantir sur place ce qu’ils devraient pourtant pouvoir maintenir chaque jour, à savoir une présence médicale cohérente, une continuité dans le suivi et une coordination suffisamment solide pour sécuriser les prises en charge.

La télécoordination, dans cette logique, ne cherche pas à alléger le soin en le dématérialisant. Elle cherche au contraire à redonner de la structure là où l’organisation s’effrite.

Koord, un modèle qui mise moins sur l’outil que sur la méthode

Ce qui frappe dans le positionnement de Koord, c’est justement que la technologie n’est jamais présentée comme une fin en soi. Le cœur du modèle repose sur un médecin télécoordonnateur dédié, soutenu par une équipe pluridisciplinaire, dans une organisation conçue pour accompagner les établissements bien au-delà d’une simple interface technique. Il est question de structuration des pratiques, d’harmonisation des procédures, de coordination des parcours et de suivi de la qualité. Autrement dit, d’une méthode avant d’être d’un outil.

Cette approche permet de comprendre pourquoi la société insiste autant sur la notion de lien. Son nouveau nom, Koord, entend d’ailleurs condenser cette idée. La coordination y est pensée comme une fonction vitale, presque comme une corde qui relie les acteurs entre eux pour éviter que le collectif ne se défasse. La formule pourrait paraître très institutionnelle si elle ne répondait pas, au fond, à une réalité de terrain extrêmement concrète : quand les professionnels ne sont plus suffisamment reliés entre eux, c’est tout le soin qui devient plus fragile.

Une réponse opérationnelle à un besoin qui, lui, ne cesse de grandir

Le modèle n’est plus au stade des intentions. En 2025, Koord revendique plus de 350 établissements partenaires, des équipes structurées et un taux de recommandation de 96 %. Des chiffres qui ne disent pas tout, mais qui montrent au moins une chose : la télécoordination n’est plus seulement une hypothèse de travail. Elle s’installe comme une solution opérationnelle dans un secteur où les marges de manœuvre se réduisent.

Le déploiement en moins de six semaines mis en avant par l’entreprise répond d’ailleurs à cette logique d’urgence. Dans les EHPAD, les besoins n’attendent pas. Quand un poste reste vacant ou qu’une transition s’éternise, il faut trouver une continuité, pas dans six mois, mais maintenant. C’est cette temporalité-là que la télécoordination essaie d’épouser : celle d’un système sous tension qui n’a plus le luxe d’attendre que tout redevienne normal.

La reconnaissance par décret change la place de la télécoordination dans le débat

Longtemps, ce type de modèle a pu être regardé comme une solution de contournement, tolérée parce qu’utile, mais encore périphérique dans l’organisation du soin. Le Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 change la donne en reconnaissant officiellement le recours à la télécoordination et la fonction de médecin télécoordonnateur. Ce basculement réglementaire est loin d’être symbolique. Il donne une existence plus nette à une pratique qui, jusqu’ici, avançait surtout portée par les besoins du terrain.

Cette reconnaissance institutionnelle dit quelque chose de plus large. Elle montre que la réponse à la crise du médico-social ne passera pas uniquement par une logique de renfort quantitatif. Elle passera aussi, et peut-être surtout, par une réinvention des formes de coordination, par des modèles hybrides capables de tenir ensemble exigence médicale, souplesse organisationnelle et continuité du lien.

Exercer autrement pour redonner de l’air à une fonction devenue difficile à tenir

La télécoordination pose aussi une autre question, plus discrète mais tout aussi décisive : celle des conditions d’exercice. Si les établissements peinent à recruter, c’est aussi parce que certaines fonctions se sont progressivement chargées de contraintes, de tensions et d’attentes difficiles à soutenir dans la durée.

Koord affirme aujourd’hui fédérer plus de 150 médecins télécoordonnateurs, avec une organisation qui permet aux praticiens de choisir leur statut et d’ajuster leur emploi du temps dans un cadre structuré. Là encore, l’intérêt du modèle n’est pas de simplifier la médecine, mais de rendre son exercice plus soutenable. Dans un contexte où l’attractivité de certaines missions s’effrite, ce point n’a rien de secondaire. Il dit que l’innovation organisationnelle ne concerne pas seulement les établissements, mais aussi ceux qui y exercent.

Et si le vrai sujet n’était pas seulement le manque de médecins, mais notre manière d’organiser le soin ?

On parle beaucoup de désertification médicale, de pénurie, de postes non pourvus. Et bien sûr, ces constats sont réels. Mais à force de les répéter, on finit parfois par oublier une autre question, plus inconfortable et peut-être plus féconde : notre organisation des soins est-elle encore adaptée à la réalité démographique et sanitaire d’aujourd’hui ?

Koord ne prétend pas résoudre, à lui seul, les déséquilibres du médico-social. Le modèle a ses limites, comme toute organisation à distance, et il ne remplace ni la présence humaine ni la nécessité de renforcer durablement l’offre médicale. Mais il a le mérite de remettre au centre une idée simple : dans un système sous pression, la qualité du soin dépend aussi de la qualité des liens entre les professionnels.

Au fond, la télécoordination raconte peut-être cela. Non pas une médecine qui s’éloigne, mais une médecine qui cherche, malgré la distance, à rester présente. Et dans les EHPAD, où chaque fragilité organisationnelle se paie immédiatement sur le terrain, c’est déjà un changement de taille.

Clémence Minota

Je suis rédactrice spécialisée en santé et innovation, passionnée par l'impact des technologies sur l'évolution des soins médicaux. Mon expertise consiste à décrypter les dernières avancées du secteur et à fournir des contenus clairs et pertinents pour les professionnels de santé.

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