Lucis lève 8,5M$ pour structurer la santé préventive en Europe

Lucis lève 8,5M$ pour structurer la santé préventive numérique en Europe, entre biomarqueurs, IA supervisée et intégration médicale.

La prévention sort progressivement du discours incantatoire pour entrer dans une phase d’outillage concret. La levée de 8,5 millions de dollars annoncée par Lucis illustre ce basculement : celui d’une santé préventive fondée sur des données biologiques, une supervision médicale et des usages clairs, à l’échelle européenne. Pour les professionnels de santé, les acteurs medtech et les investisseurs, c’est un signal sur la manière dont la prévention pourrait enfin se structurer sans court-circuiter le soin.

La start-up française, fondée en 2025 à Paris, annonce un tour d’amorçage mené par General Catalyst, avec la participation de fonds reconnus de l’écosystème tech et santé. L’objectif est explicite : accélérer son déploiement en Europe, étendre son réseau de laboratoires et de médecins partenaires, et enrichir une plateforme d’analyse préventive assistée par l’IA déjà déployée dans quatre pays.

Une prévention fondée sur des marqueurs biologiques, pas sur des promesses

Lucis ne se positionne ni comme une plateforme de diagnostic, ni comme un substitut à la consultation médicale. Son modèle repose sur un point précis : rendre lisibles et exploitables des données biologiques déjà existantes, mais rarement utilisées dans une logique de suivi longitudinal.

Concrètement, les utilisateurs réalisent des bilans sanguins dans des laboratoires de biologie médicale certifiés. Les résultats portent sur plus de 180 biomarqueurs, couvrant notamment les fonctions cardiométaboliques, hormonales, inflammatoires, hépatiques, rénales ou certains micronutriments. Ces données sont ensuite interprétées par une équipe médicale pluridisciplinaire, avec l’appui d’outils d’IA destinés à prioriser les signaux et à suivre leur évolution dans le temps.

L’enjeu n’est pas la sophistication technique, mais l’usage. Là où beaucoup d’acteurs se contentent de restituer un compte rendu figé, Lucis propose un tableau de bord dynamique, pensé pour être compris sans expertise médicale avancée. Les résultats sont traduits en axes d’action structurés autour de cinq piliers : nutrition, activité physique, santé mentale, sommeil et récupération, environnement.

IA et supervision médicale : une combinaison sous contrainte

L’intelligence artificielle est omniprésente dans les discours de la prévention. Lucis adopte une approche plus mesurée : l’IA n’est pas présentée comme un outil de décision autonome, mais comme un système d’aide à la lecture et à la priorisation.

Cette distinction est centrale dans un contexte européen marqué par le renforcement du cadre réglementaire autour de l’IA en santé. La plateforme revendique une articulation claire entre automatisation et supervision humaine, en assumant que l’interprétation finale relève d’une équipe médicale.

Pour les professionnels de santé, c’est un point clé. La valeur ne réside pas uniquement dans l’algorithme, mais dans la capacité à créer un langage commun entre données biologiques, patients et praticiens. Lucis se positionne ainsi comme un intermédiaire, capable de préparer le terrain sans se substituer au soin.

Plus de 500 000 tests réalisés : un indicateur d’usage, pas seulement de traction

Lucis revendique déjà plus de 500 000 tests cliniques réalisés en France, au Royaume-Uni, en Irlande et au Portugal. Ce chiffre mérite d’être lu au-delà de l’effet d’annonce.

Il traduit d’abord une appétence croissante pour des dispositifs de prévention structurés, dans des systèmes de santé où l’accès au médecin est de plus en plus contraint. Il révèle aussi une attente forte de continuité : les utilisateurs ne cherchent plus uniquement une photographie ponctuelle de leur état de santé, mais un suivi dans le temps, avec des repères comparables d’un bilan à l’autre.

Pour les acteurs du système de soins, cette dynamique pose une question directe : comment intégrer ces données dans un parcours de santé cohérent, sans créer de silos parallèles ?

La prévention, réponse partielle à une médecine encore trop réactive

Le constat est largement documenté : en Europe, la majorité des décès sont liés à des maladies chroniques, souvent précédées de signaux biologiques détectables plusieurs années avant l’apparition des symptômes. Pourtant, la prise en charge reste majoritairement réactive.

Lucis s’inscrit dans cet angle mort du système. Là où les dispositifs connectés grand public se sont imposés avec des recommandations souvent génériques, la start-up revendique une prévention adossée à des marqueurs biologiques et à une supervision médicale, en cohérence avec les cadres existants de la biologie médicale.

Ce positionnement n’est pas neutre. Il cherche à se démarquer des logiques de « quantified self » non encadrées, tout en proposant une alternative plus structurée que les simples applications de bien-être.

Ce que cette levée change concrètement pour l’écosystème

Pour les laboratoires de biologie médicale, l’expansion de Lucis signifie une intégration accrue dans des parcours de prévention hors hôpital, avec des volumes récurrents et un suivi longitudinal des patients.

Pour les médecins, c’est l’émergence d’un outil intermédiaire : ni dispositif médical autonome, ni simple tableau de résultats, mais une interface susceptible de préparer, orienter et contextualiser la consultation.

Pour les investisseurs et les acteurs medtech, cette levée confirme un point : la prévention devient un segment structurable, à condition de respecter les lignes rouges réglementaires et cliniques. L’Europe, souvent perçue comme plus lente que les États-Unis sur ces sujets, apparaît ici comme un terrain d’expérimentation crédible, à condition d’ancrer les usages dans des infrastructures certifiées.

Une ambition européenne, sous contrainte de crédibilité

Lucis prévoit d’accélérer son déploiement sur ses marchés existants et d’en ouvrir de nouveaux. Cette ambition européenne pose un défi classique mais réel : maintenir un niveau homogène de qualité médicale et de conformité réglementaire dans des systèmes de santé hétérogènes.

Le choix de s’appuyer sur des laboratoires certifiés et sur une équipe médicale interne est un signal fort, mais il implique aussi une montée en charge opérationnelle complexe. La crédibilité de la plateforme se jouera moins sur la promesse technologique que sur sa capacité à rester rigoureuse à l’échelle.

Ce que révèle le cas Lucis sur l’avenir de la prévention

La levée de fonds de Lucis ne dit pas seulement quelque chose de cette start-up. Elle révèle une évolution plus large : la prévention sort progressivement du registre du discours pour entrer dans celui de l’outillage.

À court terme, elle ne remplacera ni le médecin traitant ni le diagnostic clinique. Mais elle pourrait devenir une première ligne structurée, capable de capter des signaux faibles, de préparer la décision médicale et de redonner du temps aux soignants.

Reste une question centrale, encore ouverte : comment articuler ces dispositifs avec le système de soins existant sans créer une médecine à deux vitesses ? C’est sur ce point que se jouera, au-delà de la levée de fonds, la pertinence réelle de la santé préventive numérique en Europe.

Mickael Lauffri

Passionné par l'innovation technologique et l'impact de la science sur la médecine, je suis rédacteur spécialisé dans le domaine des technologies médicales.

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