Robocath : un nouveau robot pour attaquer la maladie coronarienne de front
Le robot coronarien Robocath entre dans une nouvelle phase de développement clinique. L’entreprise française lance la première étude First-In-Human au monde de son système de deuxième génération, destiné au traitement des formes complexes de maladie coronarienne. Une étape stratégique dans un marché de la robotique interventionnelle en pleine accélération.
La robotique en cardiologie interventionnelle ne relève plus de la science-fiction. Elle est déjà dans les salles de cathétérisme. Et aujourd’hui, elle passe un cap. Robocath vient de lancer la toute première étude clinique chez l’homme (First-In-Human, FIH) de son robot coronarien de deuxième génération. Oui, une première mondiale. Et non, ce n’est pas qu’un coup de com’.
On parle ici d’un dispositif conçu pour intervenir sur des patients atteints de maladie coronarienne, y compris des cas complexes, ceux qui font transpirer même les équipes les plus rodées.
Une étude sur du vrai terrain, pas en labo vitrine
Le protocole est clair : 20 patients, majoritairement des situations complexes, représentatives de la vraie vie d’un laboratoire de cathétérisme.
L’étude est menée au Centre Cardiologique du Nord (CCN) à Saint-Denis, sous la direction du Dr Mohammed Nejjari, avec le Dr Franck Digne comme co-investigateur. Des figures reconnues de la cardiologie interventionnelle, comme les Dr Michael Haude et Jean Fajadet, sont également impliquées via le comité consultatif médical Autrement dit : ce n’est pas un test confidentiel dans un coin. C’est une évaluation structurée, encadrée, sur un terrain clinique exigeant.
Deuxième génération : évolution ou vraie rupture ?
Ce nouveau robot n’arrive pas de nulle part. Il s’appuie sur l’expérience accumulée avec la première plateforme robotique de Robocath, déjà déployée à l’international.
La première solution, marquée CE et certifiée NMPA, a fait l’objet de plusieurs études cliniques. Une méta-analyse rapportait un taux de succès technique supérieur à 98 %, sans événement cardiovasculaire majeur (MACE). Des chiffres solides.
La deuxième génération va plus loin. Elle intègre de nouvelles capacités destinées à mieux gérer les procédures coronaires complexes, celles qui combinent anatomies difficiles, lésions longues ou calcifiées, bifurcations délicates.
L’enjeu n’est pas seulement de “faire comme un humain”, mais d’augmenter le geste : précision millimétrique, stabilité, reproductibilité, ergonomie améliorée pour l’opérateur.
Pourquoi la robotique intéresse (vraiment) la cardio
Un rappel rapide : l’angioplastie coronarienne, c’est l’implantation de stents pour revasculariser le muscle cardiaque. Une procédure réalisée toutes les 30 secondes dans le monde.
Quand un geste est répété des millions de fois, chaque gain de précision ou de sécurité compte. Pour le patient. Pour l’opérateur. Pour le système de santé.
Le marché mondial de la robotique en cardiologie interventionnelle était estimé à 61,1 millions de dollars en 2024. Il pourrait atteindre 297 millions de dollars d’ici 2031, avec une croissance annuelle moyenne d’environ 26 %.
Pourquoi une telle accélération ?
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Explosion des pathologies cardiovasculaires
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Appétence croissante pour le mini-invasif
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Intégration de technologies digitales et d’IA
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Recherche d’optimisation des parcours et de réduction des risques
Derrière la techno, une vision stratégique
Fondée en 2009 par le Dr Philippe Bencteux, Robocath s’est positionnée très tôt sur la robotique vasculaire. L’idée : sécuriser et optimiser les interventions grâce à une technologie bionique propriétaire, tout en restant compatible avec la majorité des dispositifs et des salles de cathétérisme existantes.
Ce point est clé. Une innovation qui impose de reconstruire l’infrastructure hospitalière a peu de chances d’être adoptée massivement. Une solution intégrable dans l’existant change la donne. Mais l’ambition va plus loin.
À terme, Robocath vise le développement d’interventions à distance. Dans un contexte de désertification médicale et de tensions sur les spécialistes, la possibilité de télé-opérer des gestes vasculaires ouvre des perspectives considérables. On touche ici à une transformation structurelle de la cardiologie interventionnelle.
Un moment charnière
Le lancement de cette étude First-In-Human ne garantit pas, à lui seul, un changement de standard. Mais il marque un moment charnière.
La robotique en cardiologie n’est plus un gadget expérimental. Elle entre dans une phase où la démonstration clinique, la robustesse des données et l’intégration dans les pratiques quotidiennes deviennent centrales.
La question n’est plus de savoir si la robotique a sa place en salle de cathétérisme. La vraie question, désormais, c’est à quelle vitesse elle redéfinira le geste interventionnel.