PositiveMinders : schizophrénie, et si le vrai enjeu était le moment où l’on ose en parler ?
À l’occasion des Journées de la Schizophrénie (14–21 mars 2026), l’association PositiveMinders alerte sur un angle encore trop peu visible : le moment du dévoilement. En France, près de 600 000 personnes vivent avec une schizophrénie, mais le diagnostic survient en moyenne sept ans après les premiers symptômes. Entre peur du regard des autres et premiers “dévoilements” à une intelligence artificielle, la question n’est plus seulement médicale : elle est sociale et technologique.
Entendre des voix. Se sentir observé. Avoir l’impression que le monde devient étrange, menaçant, décalé. Et ne rien dire. En France, près de 600 000 personnes vivent avec une schizophrénie. Les premiers symptômes apparaissent le plus souvent entre 15 et 25 ans. Pourtant, le diagnostic intervient encore en moyenne sept ans trop tard. Sept années pendant lesquelles les signaux s’installent, s’aggravent parfois, pendant que le silence s’épaissit.
À l’occasion des Journées de la Schizophrénie, du 14 au 21 mars 2026, et alors que la santé mentale a de nouveau été déclarée grande cause nationale, l’association PositiveMinders choisit de braquer le projecteur sur un angle encore largement invisible : le moment du dévoilement.
Le premier obstacle n’est pas médical
On imagine souvent que la difficulté réside dans l’accès aux soins, la disponibilité des psychiatres, ou la complexité du diagnostic. Ces enjeux existent. Mais en amont, il y a autre chose.
Comment expliquer à ses parents que l’on entend des voix ? Comment confier à ses amis que l’on se sent surveillé, menacé, « différent » ? Comment évoquer ces expériences dans un environnement professionnel sans craindre d’être étiqueté à vie ?
La schizophrénie reste entourée de confusions tenaces : assimilation à la dangerosité, amalgame avec le dédoublement de personnalité, représentations caricaturales nourries par la fiction. Dans ce contexte, beaucoup de jeunes retardent ce que certains décrivent comme un « coming out » psychiatrique.
Ce dévoilement, pourtant, change tout. Plus il intervient tôt, plus l’accès aux soins est facilité et plus le pronostic est favorable. Le silence, lui, coûte du temps. Et parfois beaucoup plus.
« Le bon moment » : préparer la société à écouter
Avec sa campagne nationale « Le bon moment », dévoilée le 12 mars, PositiveMinders prend le contre-pied des discours habituels. L’enjeu n’est pas d’inciter à parler à tout prix. Il est de préparer l’entourage à écouter.
Parents, amis, enseignants, collègues : sommes-nous prêts à accueillir une parole fragile sans minimiser, sans dramatiser, sans juger ? Sommes-nous capables de faire la différence entre une excentricité passagère et un signal d’alerte ?
La campagne pose une question simple mais dérangeante : si un jeune osait enfin dire ce qu’il vit, saurions-nous quoi en faire ?
Derrière cette interpellation, il y a une réalité clinique. Le retard diagnostic moyen de sept ans n’est pas qu’une statistique. Il reflète des années d’errance, de doutes et parfois d’isolement.
Quand la première confidence se fait à une IA
Autre phénomène émergent, et non des moindres : certains jeunes choisissent d’abord de se confier à une intelligence artificielle.
Pourquoi ? Parce qu’elle semble neutre. Disponible 24 heures sur 24. Sans regard, sans soupir, sans réaction de panique. Un espace perçu comme sécurisé pour mettre des mots sur des expériences déroutantes.
Ce « premier dévoilement numérique » peut constituer une étape importante : formuler, décrire, chercher à comprendre. Mais il comporte aussi des risques. Mauvaise interprétation des symptômes, banalisation excessive, ou au contraire dramatisation. Et surtout, retard dans la consultation d’un professionnel.
PositiveMinders pose ainsi une question de fond : comment transformer ces interactions avec l’IA en levier de détection précoce et d’orientation vers les soignants ?
L’idée n’est pas de remplacer psychiatres et psychologues par des algorithmes. Elle est d’imaginer des outils numériques capables d’identifier des signaux faibles et d’encourager, au bon moment, une consultation humaine.
Un enjeu de santé publique et de société
La schizophrénie ne se résume pas à un diagnostic. Elle traverse des trajectoires scolaires, professionnelles, familiales. Elle interroge notre capacité collective à reconnaître la vulnérabilité psychique sans la stigmatiser.
Les Journées de la Schizophrénie rappellent que la maladie touche des centaines de milliers de personnes en France. Mais derrière les chiffres, il y a des histoires individuelles, souvent marquées par la solitude des premiers symptômes.
Des personnes vivant avec une schizophrénie, ainsi que des psychiatres et psychologues, se mobilisent à l’occasion de cette campagne pour décrypter ce phénomène. Tous convergent sur un point : plus le dévoilement est précoce, plus l’accompagnement peut être adapté et efficace.
Changer le regard pour changer le timing
La santé mentale déclarée grande cause nationale ne prendra tout son sens que si les représentations évoluent réellement. Encourager la parole est nécessaire. Mais cela suppose un environnement capable d’accueillir cette parole sans réduire la personne à son trouble.
Le « bon moment » n’est pas uniquement celui où un jeune décide de parler. C’est aussi celui où la société est prête à entendre.
Et si, finalement, la prévention passait autant par la pédagogie collective que par les dispositifs médicaux ?