Askleia : cette biotech française veut réduire drastiquement le coût de production des biomédicaments

Produire des biomédicaments coûte cher, consomme beaucoup de ressources et repose encore sur des procédés industriels complexes. À Aubagne, la biotech Askleia développe une technologie qui pourrait transformer l’une des étapes les plus critiques de cette production : la purification des biomolécules.

Quand on parle de biomédicaments, on pense souvent aux thérapies innovantes, aux anticorps, aux ARN messagers ou encore aux traitements personnalisés. Beaucoup moins à la manière dont ces molécules sont fabriquées. Pourtant, derrière chaque biomédicament se cache une réalité industrielle extrêmement complexe, coûteuse et énergivore.

Et dans cette chaîne de production, une étape concentre à elle seule une grande partie des difficultés : la purification.

C’est précisément sur ce sujet qu’Askleia, biotech française basée à Aubagne, veut apporter une rupture technologique. Anciennement connue sous le nom d’Ipsomel Innovation, la société vient d’annoncer une levée de fonds de 2,3 millions d’euros afin d’accélérer le développement industriel de sa technologie de bio-production.

Le problème, on le connaît : purifier les biomédicaments coûte extrêmement cher

Produire un biomédicament ne consiste pas simplement à fabriquer une molécule. Il faut ensuite réussir à l’extraire, la purifier et la séparer de tout son environnement biologique de manière extrêmement précise.

Or cette étape de purification représente aujourd’hui une part majeure des coûts de fabrication. Askleia estime même qu’elle peut concentrer jusqu’à 60 % des coûts de production dans certains procédés industriels actuels.

Le secteur repose encore largement sur des systèmes de chromatographie industrielle : des technologies efficaces mais lourdes, coûteuses, consommatrices d’eau, de solvants et de résines chimiques régulièrement renouvelées.

À cela s’ajoutent d’autres contraintes : des procédés souvent discontinus, des rendements variables, des phases de régénération longues et des rejets environnementaux importants.

Dans un marché du biomédicament en forte croissance, ces limites deviennent progressivement un enjeu stratégique pour toute l’industrie.

Une technologie qui veut remplacer la chromatographie traditionnelle

C’est là qu’intervient Askleia.

La biotech développe une technologie fondée sur l’électrophorèse en flux libre et la microfluidique afin d’optimiser l’extraction et la purification des biomolécules.

Concrètement, plutôt que de s’appuyer sur les systèmes traditionnels de chromatographie, la technologie utilise un champ électrique pour séparer les molécules selon leurs propriétés électrophorétiques.

Le procédé fonctionne en deux grandes étapes :

  • une précipitation continue destinée à éliminer les contaminants du milieu biologique ;
  • une électrophorèse en flux libre permettant de sélectionner et isoler la molécule d’intérêt.

L’ambition affichée est importante : obtenir une purification plus poussée tout en réduisant fortement les coûts et l’impact environnemental de la production.

Une promesse industrielle autant qu’environnementale

Ce qui rend le projet intéressant, c’est qu’il ne se positionne pas uniquement sur la performance technologique.

Askleia affirme que sa technologie pourrait permettre :

  • une réduction des coûts d’au moins 50 % ;
  • un procédé continu et plus rapide ;
  • une baisse des rejets polluants ;
  • une diminution importante de la consommation de solvants et de résines chimiques.

Autrement dit, l’enjeu dépasse largement la seule optimisation industrielle.

Dans un contexte où la production pharmaceutique fait face à des pressions économiques, environnementales et géopolitiques croissantes, la capacité à produire des biomédicaments plus efficacement devient un sujet majeur de souveraineté industrielle.

Un marché colossal en pleine accélération

Le timing n’a rien d’anodin.

Selon les données présentées par Askleia, deux tiers des médicaments actuellement en développement seraient désormais des biomédicaments.

Le marché mondial du biomédicament pourrait atteindre 900 milliards de dollars d’ici 2028, avec une croissance supérieure à celle du marché pharmaceutique global.

Dans le même temps, le marché des équipements de chromatographie industrielle représente déjà plusieurs milliards de dollars et reste dominé par quelques grands acteurs internationaux.

Askleia ne cache d’ailleurs pas son ambition : remplacer progressivement certaines technologies historiques utilisées aujourd’hui dans la bio-production.

Une deeptech française encore au début de son industrialisation

Créée en 2021, la société emploie aujourd’hui une quinzaine de collaborateurs et prévoit de doubler ses effectifs d’ici la fin de l’année.

Sa feuille de route reste ambitieuse :

  • premiers services dès 2026 ;
  • production de lots précliniques en 2027 ;
  • lots cliniques en 2028 ;
  • commercialisation d’équipements industriels à horizon 2030.

La société s’appuie également sur plusieurs partenariats académiques et industriels, notamment avec le CEA-LETI, l’Institut Pierre-Gilles de Gennes ou encore Eurobiomed.

Et si le vrai enjeu était la démocratisation des biomédicaments ?

Au fond, derrière les sujets très techniques de purification ou de chromatographie, la question devient beaucoup plus large : comment rendre les biomédicaments plus accessibles ?

Car ces thérapies représentent aujourd’hui une part croissante de la médecine moderne. Mais leur coût de production reste souvent extrêmement élevé, ce qui influence directement leur prix final, leur disponibilité et parfois même leur accès pour les patients.

Si des technologies comme celle d’Askleia parviennent réellement à réduire les coûts industriels tout en limitant l’impact environnemental, elles pourraient transformer bien davantage qu’un simple procédé de fabrication.

Elles pourraient progressivement redéfinir la manière même dont les biomédicaments sont produits à grande échelle.

Mickael Lauffri

Passionné par l'innovation technologique et l'impact de la science sur la médecine, je suis rédacteur spécialisé dans le domaine des technologies médicales.

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