Téléconsultation : un outil adopté surtout par les plus favorisés
En 2024, 15 % des adultes ont eu recours à la téléconsultation en France. Mais une nouvelle étude de la Drees et de l’Insee révèle une réalité moins attendue : la téléconsultation est davantage utilisée par les ménages les plus aisés et les personnes se déclarant en bonne santé. Un constat qui interroge la capacité de la télésanté à réduire réellement les inégalités d’accès aux soins.
La téléconsultation devait réduire les inégalités d’accès aux soins. Elle devait fluidifier les parcours, désengorger les cabinets, rapprocher les médecins des territoires sous-dotés. Six ans après son explosion pendant la crise sanitaire, la réalité apparaît plus nuancée.
Une étude publiée le 12 février par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) confirme une tendance déjà observée en 2022 : la téléconsultation est davantage utilisée par les personnes les plus favorisées et celles qui se déclarent en meilleure santé.
15 % des adultes ont téléconsulté en 2024
En 2024, 15 % des adultes ont eu recours à la téléconsultation au moins une fois au cours des douze derniers mois. Le chiffre est significatif : la télésanté s’est installée dans les usages. Mais sa diffusion reste socialement différenciée.
Parmi le cinquième des ménages les plus aisés, 19 % ont téléconsulté sur la période, contre 14 % dans le cinquième des ménages les plus modestes. L’écart peut sembler modéré, mais il confirme une tendance persistante : l’outil numérique bénéficie davantage aux catégories favorisées.
Plus surprenant encore, les personnes se déclarant « très satisfaites » de leur état de santé sont plus nombreuses à recourir à la téléconsultation (17 %) que celles se disant moyennement satisfaites (14 %) ou insatisfaites (10 %). L’étude ne fournit pas d’explication détaillée, mais ce constat interroge : la téléconsultation apparaît davantage comme un service de confort ou de gestion courante que comme un levier privilégié pour les publics les plus fragiles.
Les femmes et les parents en première ligne
Les différences de recours sont également marquées selon le genre et la structure familiale. Les femmes téléconsultent davantage que les hommes, en particulier lorsqu’elles vivent en couple avec enfants : 25 % d’entre elles ont eu recours à une téléconsultation au cours des douze derniers mois, contre 17 % des hommes dans la même situation.
La Drees avance deux hypothèses principales : les femmes assurent plus souvent l’accompagnement des enfants lors des consultations, et elles recourent globalement davantage aux soins, notamment pendant les périodes liées à la maternité.
Les couples avec enfants et les familles monoparentales sont, dans l’ensemble, deux fois plus nombreux que les autres à utiliser la téléconsultation. La dimension organisationnelle – gagner du temps, éviter un déplacement – semble jouer un rôle déterminant.
Délais d’attente et urgence : les moteurs du recours
Le principal motif invoqué pour recourir à la téléconsultation reste le délai d’attente trop long pour obtenir un rendez-vous en présentiel. 43 % des répondants citent cet argument. L’urgence arrive en second (33 %), suivie du renouvellement d’ordonnance ou de certificat médical (20 %).
La fracture territoriale, elle, se confirme. Dans les communes sous-dotées en médecins généralistes, 52 % des patients mentionnent les délais d’attente trop longs comme raison principale de téléconsultation, contre 43 % dans les communes moyennement dotées et 38 % dans les communes bien dotées.
La télésanté répond donc, en partie, à la désertification médicale. Mais elle ne gomme pas totalement les écarts socio-économiques.
Une préférence persistante pour la consultation physique
Pour les patients qui ne souhaitent pas téléconsulter, les raisons sont claires. Deux tiers préfèrent se rendre physiquement chez leur médecin. La relation directe, l’examen clinique, le contact humain restent centraux.
Par ailleurs, 25 % évoquent l’absence d’offre de téléconsultation de la part de leur médecin ou la nécessité d’une consultation physique. La téléconsultation, malgré sa diffusion, n’est ni universelle ni systématiquement adaptée.
Un outil installé, mais pas encore égalitaire
Cette nouvelle étude de la Drees et de l’Insee confirme que la téléconsultation s’est durablement ancrée dans le paysage de la santé en France. Elle facilite l’accès aux soins dans certains territoires et répond à des besoins concrets, notamment pour les familles.
Mais elle met aussi en lumière un paradoxe : ceux qui en bénéficient le plus sont souvent les publics les plus favorisés et les plus à l’aise avec les outils numériques.
La télésanté n’a pas créé les inégalités d’accès aux soins. Elle ne les a pas totalement corrigées non plus.
La question n’est donc plus de savoir si la téléconsultation fonctionne. Elle fonctionne. La question est désormais de savoir comment en faire un levier d’équité, et non simplement un service supplémentaire pour ceux qui disposent déjà des ressources pour y accéder.