Dépistage du cancer de la peau en pharmacie : un démarrage massif mais quel modèle pour demain ?
Plus de 3 500 avis dermatologiques réalisés en quelques jours en pharmacie : la campagne nationale de dépistage du cancer de la peau lancée en février confirme un besoin massif d’accès rapide à l’expertise. Mais derrière ce démarrage encourageant, une question se pose : quel modèle de téléexpertise permettra réellement de détecter plus tôt, sans saturer davantage une spécialité déjà sous tension ?
Plus de 3 500 avis dermatologiques réalisés en quelques jours. Un objectif affiché de 8 000 patients d’ici la fin du mois.
La campagne nationale de dépistage du cancer de la peau lancée début février par Tessan en pharmacie démarre fort. Le besoin est là. L’adhésion terrain aussi.
Dans un contexte où obtenir un rendez-vous chez un dermatologue peut prendre plusieurs mois – parfois plus d’un an – proposer un avis dermatologique sans rendez-vous en officine répond à une tension réelle du système de soins.
Mais derrière cette dynamique, une question structurelle émerge : quel modèle de téléexpertise est réellement soutenable et scalable à grande échelle ?
La pharmacie, nouveau point d’entrée du dépistage
Le dispositif repose sur un parcours hybride : téléconsultation avec un médecin généraliste, capture d’images via dermatoscope connecté, puis avis différé d’un dermatologue sous 48 heures si nécessaire. Le modèle est clair : créer un premier filtre médical en pharmacie.
Dans les territoires sous tension, cette approche permet effectivement de structurer une orientation plus rapide. La pharmacie devient un point d’accès médicalisé, là où l’accès direct au spécialiste est complexe.
Le signal est fort : la prévention sort du cabinet pour aller au plus près des patients.
Mais la question du passage à l’échelle reste entière
Rendre un avis dermatologique sous 48 heures suppose la mobilisation d’un réseau de dermatologues disponibles. Or la dermatologie est précisément l’une des spécialités les plus sous tension en France.
Plus la campagne monte en puissance, plus la dépendance à la ressource humaine spécialisée devient critique. Autrement dit, le modèle repose encore fortement sur la disponibilité médicale. Et c’est là que le débat s’ouvre.
Téléexpertise classique ou détection augmentée ?
Le dépistage précoce du cancer de la peau ne repose pas uniquement sur la rapidité d’accès à un avis, mais sur la capacité à identifier efficacement les lésions suspectes à grande échelle. C’est précisément là qu’émergent de nouveaux modèles basés sur l’intelligence artificielle médicale.
Des solutions comme HUVY proposent une approche différente et vraiment différenciante : analyser immédiatement les lésions cutanées via un algorithme entraîné cliniquement, afin d’identifier les cas à risque et prioriser les orientations vers un dermatologue lorsque nécessaire. Il s’agit d’augmenter le premier niveau de tri grâce à l’IA, afin de concentrer le temps médical là où il est le plus utile. Et c’est là que ce dispositif de classe IIb fait toute la différence face à la téléexpertise.
Détecter plus tôt sans saturer les spécialistes
Dans un contexte de pénurie de dermatologues, la soutenabilité du modèle devient centrale.
Une téléexpertise humaine systématique peut rapidement atteindre ses limites si les volumes explosent. À l’inverse, un outil d’aide à la décision intégré en pharmacie permet d’identifier immédiatement les lésions suspectes, de rassurer lorsque c’est pertinent, et d’orienter uniquement les cas réellement nécessaires vers un spécialiste.
La différence est stratégique :
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Téléexpertise classique : dépendance forte au temps médical
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Détection augmentée par IA : priorisation et optimisation du temps spécialiste
À grande échelle, cette distinction devient déterminante.
Le bon moment pour structurer la prévention
La campagne actuelle illustre une chose essentielle : les Français sont prêts à faire contrôler leur peau en pharmacie. Le besoin est massif.
Mais si des millions de patients doivent être concernés demain, le modèle doit être capable d’absorber ces volumes sans créer un nouveau goulot d’étranglement. La téléexpertise est une première étape. L’intelligence artificielle médicale en est probablement la suivante.
Dans un contexte national favorable au développement de la télémédecine, et alors que les pouvoirs publics encouragent les solutions permettant d’améliorer l’accès aux soins spécialisés, la question n’est plus de savoir si la pharmacie deviendra un acteur central du dépistage. La vraie question est de savoir avec quelle technologie pour garantir efficacité, rapidité et soutenabilité ?