Panacée : une plateforme de rendez-vous à 30 € pour reprendre la main sur l’agenda médical

Prendre rendez-vous chez un médecin est devenu un réflexe numérique. Mais pour les praticiens, l’envers du décor est moins fluide.

Dépendance aux plateformes, perte de contrôle sur l’agenda, pression administrative. Avec Panacée, une nouvelle offre de prise de rendez-vous à 30 € par mois tente de rebattre les cartes. Derrière ce lancement, une promesse simple : redonner aux médecins la maîtrise de leur temps et de leurs données.

Trouver un créneau en ligne, aujourd’hui, prend quelques secondes. Pour les patients, l’expérience est devenue presque invisible. Mais côté médecins, la mécanique s’est complexifiée.

Agenda externalisé, règles imposées, dépendance croissante à des plateformes devenues incontournables. Le numérique, censé simplifier l’exercice, s’est parfois transformé en contrainte supplémentaire. Et avec elle, une impression diffuse : celle d’avoir progressivement perdu la main.

Le problème, il est là : une perte progressive de contrôle des médecins libéraux

Au fil des années, le quotidien des praticiens s’est déplacé. Moins centré sur la relation de soin, plus contraint par l’outil. Les fondateurs de Panacée parlent d’une “perte de souveraineté” du médecin libéral. Le mot n’est pas neutre.

Il renvoie à plusieurs réalités très concrètes. D’abord, la gestion de l’agenda, souvent captée par des plateformes externes. Ensuite, une informatique devenue plus lourde, parfois instable. Et enfin, une pression administrative qui s’accumule, au point d’éroder le sens même du métier. Le déclic intervient en 2025. Plutôt que d’ajouter une couche technologique de plus, l’équipe fait un choix différent : repartir du socle.

Un retour qui ne doit rien au hasard

Le projet n’arrive pas de nulle part. Derrière Panacée, il y a un nom qui a déjà marqué le logiciel médical en France : celui de la famille Minault.

Dans les années 1990-2000, Philippe Minault participait à structurer le marché. Aujourd’hui, c’est une nouvelle génération qui revient, avec Marilyne Minault et ses fils, Romain et Clément, entourés d’une équipe dédiée au produit, à la stratégie et à l’expérience utilisateur. Ce retour s’inscrit dans une continuité, mais avec un positionnement clair : intervenir là où le numérique a commencé à créer plus de friction que de valeur.

Une plateforme de rendez-vous pensée comme un outil de reconquête

Sur le papier, Panacée Agenda ressemble à une solution de prise de rendez-vous en ligne comme il en existe déjà. Accessible sur ordinateur, tablette ou mobile, elle permet aux patients de réserver en quelques clics. Mais le point de rupture se situe ailleurs.

Le modèle économique, d’abord. La plateforme est gratuite pour les patients et facturée 30 euros par mois aux professionnels de santé. Un tarif volontairement bas, qui tranche avec certaines offres du marché.

Ensuite, la question des données. Panacée revendique une absence de monétisation et une approche centrée sur leur protection. Un positionnement qui répond directement aux débats actuels sur la gouvernance des données de santé.

Enfin, la logique d’usage. L’outil est présenté comme un moyen de reprendre la main sur l’agenda, les horaires et la patientèle. Autrement dit, de remettre le médecin au centre de l’organisation, là où il avait parfois été relégué au second plan.

Derrière l’agenda, une ambition plus large : reconstruire le cabinet médical

Réduire Panacée à une simple plateforme de rendez-vous serait passer à côté de l’essentiel.

Le projet s’inscrit dans une vision plus large, celle d’un “cabinet médical de 2030” structuré autour d’un écosystème complet. Un socle technique stable avec Med-Support, une gestion d’agenda pensée comme un outil stratégique, une application patient sans captation de données, et une plateforme média pour relier professionnels, technologie et institutions. L’ensemble dessine une trajectoire : celle d’un numérique qui ne se contente plus d’ajouter des fonctionnalités, mais qui cherche à redonner de la cohérence à l’ensemble.

Un signal envoyé à tout le marché du numérique en santé

Le lancement de Panacée intervient dans un moment particulier. Le secteur est en recomposition. L’IA rebat les cartes, les questions de souveraineté technologique prennent de l’ampleur, et l’équilibre économique des cabinets libéraux est de plus en plus discuté.

Dans ce contexte, proposer une plateforme à 30 euros par mois n’est pas qu’un argument tarifaire. C’est une prise de position.

Une manière de dire que le modèle économique du numérique en santé peut être repensé. Que la valeur ne passe pas nécessairement par la captation des données ou la dépendance des utilisateurs. Et que la technologie peut encore être conçue comme un outil au service du soin, et non comme un intermédiaire dominant.

Et si le vrai sujet, c’était la place du médecin dans son propre outil ?

La question posée par Panacée dépasse largement celle de la prise de rendez-vous. Elle touche à quelque chose de plus profond. Qui contrôle l’organisation du soin ? Qui décide des règles ? Qui maîtrise les données ?

Depuis plusieurs années, le numérique a profondément transformé la pratique médicale. Mais cette transformation s’est parfois faite au prix d’un déséquilibre. Le médecin s’est adapté, parfois contraint, souvent dépendant. Avec Panacée, le débat se déplace. Moins sur la technologie elle-même que sur son usage.

Moins sur les fonctionnalités que sur la place qu’elle laisse à ceux qui soignent. Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas de savoir s’il faut plus d’outils. Mais de savoir à qui ils profitent vraiment.

Mickael Lauffri

Passionné par l'innovation technologique et l'impact de la science sur la médecine, je suis rédacteur spécialisé dans le domaine des technologies médicales.

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