Mobil’Derm : quand la dermatologie vient enfin à vous !

Mobil’Derm incarne une nouvelle forme de dermatologie itinérante, pensée pour lutter contre les déserts médicaux en France.

Vous habitez en zone rurale et chercher un dermato relève du parcours du combattant ? Bienvenue au club. Mais voilà qu’une initiative pourrait bien changer la donne : Mobil’Derm, le tout premier cabinet de dermatologie sur roues qui débarque là où les spécialistes ont disparu depuis belle lurette.

Inauguré le 16 janvier 2026 par la Société Française de Dermatologie avec le soutien de la Fondation Renault, ce projet n’a rien d’un gadget. On parle d’un vrai cabinet médical itinérant, équipé comme il faut, qui va littéralement traquer les déserts médicaux pour ramener la dermatologie au plus près des patients.

La dermatologie française ? En mode galère

Bon, soyons cash : trouver un rendez-vous chez un dermato en France, c’est devenu mission impossible dans pas mal de régions. Six mois d’attente ? Parfois plus. Et encore, quand il y en a un dans un rayon de 50 kilomètres.

Le problème est connu : les dermatologues se font de plus en plus rares, surtout hors des grandes villes. Résultat, des départements entiers se retrouvent en rade, avec des patients qui doivent faire des kilomètres pour une simple consultation ou, pire, qui renoncent carrément à se faire soigner.

Sauf que les problèmes de peau, ça n’attend pas. Un grain de beauté suspect, un psoriasis qui flambe, un eczéma qui pourrit la vie. Ces trucs-là nécessitent un œil expert, et vite. Pour un mélanome, chaque semaine de retard compte. Pas le luxe de patienter six mois en croisant les doigts.

C’est là que Mobil’Derm entre en scène.

Un cabinet médical ? Oui, mais sur quatre roues

L’idée est aussi simple que brillante : si les patients ne peuvent plus aller chez le dermato, eh bien le dermato viendra à eux. Mais attention, on ne parle pas d’un camping-car aménagé à l’arrache. Mobil’Derm, c’est du sérieux.

Cette camionnette médicalisée embarque tout ce qu’il faut pour une vraie consultation de dermatologie : bureau, table d’examen, dermoscope pour analyser finement les lésions, lampe de Wood pour détecter certaines infections, eau courante, électricité, connexion internet. Bref, tout l’arsenal pour bosser dans de bonnes conditions.

Et ce n’est pas tout. Le véhicule permet aussi de réaliser des actes techniques comme des biopsies ou de la cryothérapie. Autrement dit, le dermato peut poser un diagnostic ET traiter sur place certaines lésions. Fini les allers-retours à l’hosto pour un geste qui prend dix minutes.

Côté équipe, chaque mission mobilise un ou deux dermatologues volontaires – qu’ils soient hospitaliers, libéraux ou même retraités qui ont envie de rester dans le game. Ils sont épaulés par un assistant qui fait office de chauffeur et gère l’accueil des patients. Une vraie petite équipe mobile qui sillonne les routes.

Concrètement, ça se passe où et comment ?

Première étape : la Nouvelle-Aquitaine, à partir du 3 février 2026. La région a été choisie parce qu’elle cumule plusieurs départements en galère niveau dermatologues. Au menu : Creuse, Lot-et-Garonne, Vienne, Gironde, Charente-Maritime, Deux-Sèvres, Landes et Corrèze.

Pour consulter, pas question de débarquer comme ça. Il faut passer par son médecin traitant qui évalue si vous avez besoin de voir un spécialiste et vous fait une prescription. Ça permet de s’assurer que Mobil’Derm bénéficie vraiment aux personnes qui en ont besoin, pas au premier venu qui veut juste un avis sur un bouton.

La prise de RDV ? Via Doctolib, comme d’habitude. Et niveau fric, rien ne change : les consultations sont prises en charge par la Sécu au tarif normal. Pas de supplément surprise, pas de reste à charge délirant. C’est une vraie consultation de dermatologie, point.

Le cabinet itinérant ne roule pas au hasard non plus. Des points de consultation réguliers sont établis en lien avec les mairies, les maisons de santé et autres structures locales. Vous savez quand et où le trouver. C’est cadencé, organisé, fiable.

Un projet qui voit plus loin que le bout du stéthoscope

Ce qui est malin avec Mobil’Derm, c’est que ça ne se limite pas à du dépannage médical. Le projet intègre un volet de recherche épidémiologique pour mesurer concrètement l’impact sur le parcours de soins. L’objectif ? Prouver par A + B que ça marche, et comment l’améliorer.

Derrière l’initiative, il y a toute une coalition : les Agences Régionales de Santé, les Unions Régionales des Professionnels de Santé, les caisses d’Assurance Maladie, le Conseil de l’Ordre des Médecins, des collectivités locales. Tout ce beau monde a compris qu’il fallait sortir des sentiers battus pour régler le problème des déserts médicaux.

Le Professeur Olivier Chosidow, du comité de pilotage, rappelle d’ailleurs que le projet a été mûri pendant deux ans avec le Fonds de dotation de la Société Française de Dermatologie. Rien n’a été improvisé. C’est du solide, pensé pour durer.

Sans Renault, le projet ne roule pas

Parlons peu, parlons fric : sans la Fondation Renault, Mobil’Derm serait resté dans les cartons. La fondation a claqué le budget pour acheter le véhicule, l’équiper façon cabinet médical et lancer les opérations. Un investissement de départ sans lequel, franchement, rien n’aurait bougé.

Jean-Dominique Senard, président de Renault Group et de la Fondation Renault, assume l’approche : utiliser la mobilité comme levier d’inclusion sociale. L’idée, c’est de rapprocher les gens de ce qui compte vraiment pour eux. Et bon, l’accès aux soins, ça compte.

Ce qui est cool avec ce partenariat, c’est qu’il va au-delà du simple coup de com’. Renault ne s’est pas contenté de coller son logo sur un camion pour faire joli. Ils ont permis à des milliers de patients d’accéder à des consultations qu’ils n’auraient jamais pu obtenir autrement. Du concret, quoi.

La mobilité comme solution aux inégalités territoriales, ça fait sens. Quand les infrastructures fixes ne couvrent plus le territoire, les solutions mobiles prennent le relais avec de la souplesse. Bon exemple d’innovation qui sert vraiment à quelque chose.

Et après ? Ça peut s’étendre ?

Pour l’instant, Mobil’Derm, c’est une phase test en Nouvelle-Aquitaine. Si ça fonctionne comme espéré, d’autres régions pourraient adopter le modèle. La Bretagne, l’Auvergne-Rhône-Alpes, le Centre-Val de Loire… Plein de territoires sont dans la même mouise.

Reste à voir si le concept est réplicable. Ça dépendra de plusieurs trucs : trouver des dermatologues volontaires, boucler le financement sur la durée, convaincre les institutions locales, organiser la logistique des tournées. Le volet recherche servira justement à identifier ce qui marche et ce qui coince.

D’autres spécialités médicales regardent de près cette expérience. Les ophtalmos, les gynécos, les pédiatres. Tous pourraient s’inspirer du modèle pour aller toucher les populations isolées. Mobil’Derm ouvre peut-être la voie à une transformation plus large de l’organisation des soins spécialisés.

La Professeure Saskia Oro, présidente de la Société Française de Dermatologie, ne cache pas son ambition : faire de la dermatologie itinérante une réponse structurée et durable face à la désertification médicale. Pas juste un sparadrap sur une jambe de bois, mais un vrai changement de paradigme.

Le verdict dans quelques mois

Les prochains mois vont révéler si ce cabinet sur roues peut vraiment inverser la tendance dans les zones abandonnées. Une chose est sûre : sans expérimentations de ce type, l’égalité d’accès aux soins dermatologiques restera une jolie intention pour des millions de Français qui habitent loin des centres urbains.

Mobil’Derm, c’est un pari. Un pari sur la mobilité, sur l’engagement des dermatologues, sur la capacité du système de santé à se réinventer. Et franchement, vu l’état actuel des choses, on n’a pas vraiment le choix. Autant tenter des trucs qui sortent de l’ordinaire.

Alors oui, c’est juste un camion. Mais un camion qui pourrait bien changer la vie de pas mal de gens. Et ça, c’est déjà pas mal.

Clémence Minota

Je suis rédactrice spécialisée en santé et innovation, passionnée par l'impact des technologies sur l'évolution des soins médicaux. Mon expertise consiste à décrypter les dernières avancées du secteur et à fournir des contenus clairs et pertinents pour les professionnels de santé.

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