Bruxless : une start-up française veut enfin s’attaquer à la cause du bruxisme, et plus seulement à ses conséquences
Le bruxisme touche des millions de Français et reste aujourd’hui traité principalement de manière palliative. Avec sa mentonnière connectée capable d’interrompre les épisodes de grincement des dents en temps réel, la start-up française Bruxless veut changer d’approche et agir directement sur le mécanisme du trouble.

On parle souvent du stress, du sommeil ou encore des douleurs chroniques. Beaucoup moins du bruxisme. Pourtant, derrière ce terme encore peu connu du grand public, se cache un trouble extrêmement répandu : le fait de serrer ou grincer des dents de manière involontaire, le plus souvent pendant la nuit.
Et le problème est loin d’être marginal. Selon les chiffres avancés par Bruxless, entre 10 et 15 millions de Français seraient concernés. Avec des conséquences parfois lourdes : usure prématurée des dents, douleurs musculaires, migraines, troubles du sommeil ou tensions chroniques qui dépassent largement la seule sphère bucco-dentaire.
Dans ce contexte, une start-up française basée entre Paris et Manosque annonce le lancement d’un dispositif connecté qui promet de s’attaquer non plus aux effets du bruxisme, mais directement à son mécanisme.
Le problème, on le connaît : les solutions actuelles restent essentiellement palliatives
Aujourd’hui, les personnes souffrant de bruxisme disposent surtout de solutions destinées à limiter les dégâts. Les gouttières protègent les dents sans empêcher les contractions musculaires. Les injections de botox ou certaines approches manuelles peuvent soulager temporairement. Mais aucune de ces méthodes ne traite réellement le phénomène au moment où il se produit.
C’est précisément ce vide thérapeutique que Bruxless cherche à adresser.
La société commercialise une mentonnière connectée capable de détecter les épisodes de bruxisme en temps réel et d’intervenir automatiquement pour interrompre la contraction musculaire avant même que le patient ne s’en rende compte.
Une technologie hospitalière détournée vers le bruxisme
Ce qui rend le projet intéressant, ce n’est pas uniquement l’objet connecté lui-même, mais surtout la technologie sur laquelle il repose.
Bruxless s’appuie sur les travaux de Techno Concept, une entreprise spécialisée dans la rééducation neuromotrice, qui développe depuis plus de trente ans une approche basée sur les “stimulations proprioceptives fonctionnelles” (FPS). Cette technologie était jusqu’ici utilisée dans des contextes hospitaliers, notamment pour la rééducation de patients ayant subi un AVC.
L’idée de l’appliquer au bruxisme est née du parcours personnel de Guillaume Collinot, fondateur de Bruxless, lui-même confronté à ce trouble. La start-up explique avoir consacré trois années à adapter, miniaturiser et tester cette technologie avant son lancement commercial prévu au deuxième trimestre 2026.
Près de 400 dispositifs auraient déjà été précommandés avant même les premières livraisons annoncées pour juin 2026.
Tromper le cerveau pour relâcher la mâchoire
Le fonctionnement du dispositif repose sur une logique assez simple dans son principe, mais beaucoup plus complexe technologiquement.
La mentonnière embarque des capteurs capables de détecter l’activité des muscles masséters dès qu’un épisode de bruxisme commence. Une fois la contraction identifiée, le système envoie des vibrations mécaniques ciblées au niveau de la mâchoire.
L’objectif est de créer artificiellement une sensation de mouvement qui “trompe” le cerveau. Celui-ci interprète alors le signal comme un relâchement déjà effectué et réduit immédiatement la contraction musculaire. L’épisode de bruxisme serait ainsi interrompu avant qu’il ne provoque serrage ou grincement prolongé.
Le dispositif propose deux usages complémentaires : un mode préventif destiné à détendre les muscles avant le coucher, et un mode réactif porté la nuit pour détecter et limiter les épisodes en temps réel. Une application mobile permet également de suivre l’évolution des épisodes de bruxisme dans le temps.
Une innovation française qui mise aussi sur l’acceptabilité
Dans les technologies de santé connectée, la question n’est pas seulement de savoir si la technologie fonctionne. Elle est aussi de savoir si les patients accepteront réellement de l’utiliser au quotidien.
Bruxless affirme avoir mené plusieurs phases de tests auprès de chirurgiens-dentistes et de bêta-testeurs avant le lancement. Parmi eux, la chirurgienne-dentiste toulousaine Ines Icard explique avoir été “agréablement surprise par les résultats obtenus en peu de temps”, évoquant une utilisation “simple, confortable et réellement bénéfique” sur les tensions liées au bruxisme.
La société insiste également sur sa fabrication française, réalisée à Aix-en-Provence, avec plusieurs milliers d’unités prévues en production annuelle.
Et si le vrai sujet était enfin la prise en charge du bruxisme lui-même ?
Le bruxisme reste encore souvent sous-estimé, parfois considéré comme un simple inconfort nocturne. Pourtant, ses impacts sur la qualité de vie peuvent devenir importants, notamment lorsque les épisodes se chronicisent pendant des années.
Dans ce contexte, l’approche de Bruxless dit quelque chose de plus large sur l’évolution des dispositifs de santé connectée. On ne cherche plus uniquement à mesurer ou suivre un symptôme. On cherche à intervenir en temps réel sur le mécanisme lui-même.
Reste maintenant la question essentielle : ces technologies parviendront-elles à s’imposer durablement dans la prise en charge quotidienne des patients ?
Car dans le domaine du bruxisme, le vrai défi n’a jamais été uniquement de protéger les dents. Il a toujours été de réussir à interrompre le trouble à sa source.