OPTIMABIO : et si l’intelligence artificielle permettait enfin de prescrire le bon examen au bon moment ?

Prescrire plus ne veut pas toujours dire mieux soigner. À l’hôpital, les examens biologiques sont devenus incontournables et participent à près de 70 % des diagnostics.

Pourtant, entre les doublons, les prescriptions devenues inutiles ou les examens qui auraient pu être mieux ciblés, une partie des dépenses hospitalières reste directement liée à des soins peu pertinents.

C’est précisément ce constat qui a donné naissance à OPTIMABIO, un projet lancé le 6 juillet 2026 réunissant Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, Hospices Civils de Lyon, le CHU de Limoges et Kiro. Doté de plus de 17 millions d’euros et soutenu par France 2030, ce partenariat public-privé veut intégrer l’intelligence artificielle directement dans les logiciels hospitaliers pour accompagner les cliniciens vers des prescriptions biologiques plus pertinentes.

L’objectif est ambitieux, mais il répond à une réalité bien connue du terrain : aider les médecins à prendre des décisions plus éclairées sans alourdir leur pratique, tout en améliorant la qualité des soins et l’efficience économique de l’hôpital.

Le problème, on le connaît : trop d’examens et pas toujours les bons

La médecine moderne produit une quantité gigantesque d’informations. Entre les recommandations scientifiques, les référentiels, les antécédents du patient et les résultats déjà disponibles, le clinicien doit prendre des décisions en quelques minutes dans un environnement de plus en plus complexe.

Résultat, certaines prescriptions sont redondantes, d’autres pourraient être évitées, tandis que certains examens plus pertinents arrivent parfois trop tard dans le parcours du patient. Selon les données rappelées par le projet, près de 20 % des dépenses de santé seraient encore liées à des soins inadaptés. Ce n’est pas uniquement un sujet budgétaire. C’est aussi un enjeu de qualité des soins et d’organisation hospitalière.

Le paradoxe est d’ailleurs assez frappant. Les données existent déjà dans les systèmes d’information hospitaliers. Les recommandations aussi. Ce qui manque souvent, c’est la capacité à faire le lien entre toutes ces informations au moment précis où le médecin prescrit un examen.

Une intelligence artificielle qui accompagne le médecin, sans décider à sa place

C’est exactement le rôle que veut jouer OPTIMABIO. L’intelligence artificielle développée par Kiro analysera en temps réel les données biologiques, les informations cliniques du patient ainsi que les référentiels de bonnes pratiques afin de proposer les examens les plus adaptés à chaque situation. L’objectif n’est pas d’ajouter une couche de complexité, mais d’apporter au clinicien une recommandation contextualisée directement dans son logiciel métier.

Concrètement, l’outil pourra signaler qu’un examen identique a déjà été réalisé récemment, suggérer un test plus pertinent ou attirer l’attention sur une recommandation clinique spécifique. Toutes ces informations apparaîtront au moment de la prescription, là où elles sont réellement utiles, sans obliger le médecin à consulter plusieurs interfaces ou à rechercher lui-même les dernières recommandations.

Point essentiel, l’intelligence artificielle ne remplace pas le jugement médical. Elle ne valide pas une prescription et ne prend aucune décision à la place du professionnel de santé. Elle agit comme un copilote capable de faire remonter la bonne information au bon moment, laissant toujours la décision finale au clinicien.

Derrière OPTIMABIO, une ambition qui dépasse largement la biologie médicale

À première vue, le projet pourrait sembler limité aux examens biologiques. En réalité, il touche à un sujet beaucoup plus vaste : celui de la pertinence des soins. Car mieux prescrire, c’est éviter des examens inutiles, raccourcir certains délais diagnostiques, limiter les actes redondants et fluidifier l’ensemble du parcours patient.

Pour les établissements hospitaliers, l’enjeu est également économique. Les partenaires du projet estiment qu’une amélioration de la pertinence des prescriptions pourrait générer plusieurs millions d’euros d’économies chaque année pour l’hôpital public. À plus grande échelle, ce potentiel pourrait représenter plusieurs centaines de millions d’euros pour le système de santé français.

Mais la véritable valeur d’OPTIMABIO réside probablement ailleurs. Le projet a été pensé dès le départ pour être facilement déployé dans d’autres établissements de santé. Les fonctionnalités développées avec les trois CHU partenaires ont vocation à être industrialisées et diffusées bien au-delà des sites pilotes, faisant de cette expérimentation un véritable laboratoire national de l’intelligence artificielle hospitalière.

Trois CHU, une start-up et France 2030 : un partenariat qui change d’échelle

Les collaborations entre hôpitaux et start-up se multiplient depuis plusieurs années. Mais elles restent souvent limitées à des expérimentations locales ou à quelques services hospitaliers. Avec OPTIMABIO, la logique est différente. Dès son lancement, le projet réunit trois grands centres hospitaliers universitaires français autour d’une même feuille de route, avec un financement de plus de 17 millions d’euros dans le cadre du programme iDémo de France 2030.

Cette dimension collaborative n’est pas anodine. Elle permet de confronter les usages, les organisations et les pratiques de plusieurs établissements afin de développer une solution qui puisse réellement répondre aux besoins du terrain. Plus qu’un démonstrateur technologique, OPTIMABIO se présente comme une expérimentation à grande échelle de l’intelligence artificielle intégrée au parcours de soins.

Pour Kiro, qui accompagne déjà plus de cinq millions de patients et près de 280 établissements de santé avec ses solutions d’intelligence artificielle en biologie médicale, ce projet marque également une nouvelle étape dans son développement. L’entreprise ne se contente plus d’analyser des résultats biologiques : elle ambitionne désormais d’intervenir directement au moment où les décisions médicales se construisent.

Et si le vrai sujet n’était plus l’intelligence artificielle… mais la pertinence des soins ?

Pendant longtemps, les débats autour de l’IA en santé se sont concentrés sur la technologie. Les algorithmes, les performances, les modèles de langage ou les capacités prédictives occupaient le devant de la scène.

Aujourd’hui, le regard évolue progressivement. La question devient plus pragmatique : comment utiliser ces technologies pour résoudre des problèmes très concrets du quotidien hospitalier ?

Avec OPTIMABIO, la réponse passe par un sujet souvent moins médiatique, mais essentiel : la qualité des prescriptions. Car derrière chaque examen évité inutilement, il y a potentiellement un patient qui gagne du temps, un laboratoire qui optimise son activité et un système de santé qui utilise mieux ses ressources.

Finalement, l’intelligence artificielle ne révolutionnera peut-être pas l’hôpital en remplaçant les médecins. En revanche, si elle permet simplement d’aider à prescrire le bon examen, au bon patient, au bon moment, elle pourrait déjà transformer profondément la manière dont les soins sont organisés.

Mickael Lauffri

Passionné par l'innovation technologique et l'impact de la science sur la médecine, je suis rédacteur spécialisé dans le domaine des technologies médicales.

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