Running Brains Robotics : la France veut aussi sa place dans les robots de sécurité autonomes
La robotique de sécurité est souvent associée aux géants américains ou asiatiques. Pourtant, à Mérignac, la société française Running Brains Robotics développe des robots autonomes capables de surveiller des sites sensibles en continu. Avec une ambition assumée : devenir le leader européen du secteur d’ici 2028.
Quand on parle de robotique autonome, les regards se tournent généralement vers les États-Unis ou la Chine. Les grands modèles d’intelligence artificielle, les drones avancés ou les robots de surveillance semblent souvent venir d’ailleurs.
Pourtant, en Nouvelle-Aquitaine, une entreprise française tente progressivement de faire émerger une alternative européenne dans un domaine particulièrement stratégique : celui des robots autonomes de sécurité.
Basée à Mérignac, Running Brains Robotics développe des robots capables de patrouiller, analyser leur environnement, détecter des anomalies et transmettre des alertes en temps réel sur des sites sensibles.
Et derrière cette technologie, le sujet dépasse largement la simple robotique.
Le problème, on le connaît : la sécurité des infrastructures devient de plus en plus complexe
Sites industriels, infrastructures énergétiques, stockage, chimie, pétrole, transports ou défense : de nombreux secteurs doivent aujourd’hui sécuriser des espaces immenses, parfois isolés, avec des contraintes opérationnelles croissantes.
Dans le même temps, les métiers de la sécurité privée font face à des tensions de recrutement importantes et à une nécessité croissante d’automatiser certaines tâches répétitives.
Or les rondes humaines présentent naturellement des limites : fatigue, répétition, couverture partielle ou difficulté à maintenir une surveillance constante sur de longues périodes.
C’est précisément sur cette logique de continuité et d’automatisation que se positionnent les robots développés par Running Brains Robotics.
Des “drones terrestres” capables de patrouiller en autonomie
L’entreprise décrit ses robots comme des “drones terrestres”.
Concrètement, ces machines autonomes circulent sur les sites, cartographient leur environnement, effectuent des patrouilles programmées et analysent en permanence les données collectées par leurs capteurs.
Leur mission repose sur deux dimensions complémentaires :
- la sûreté : dissuader, détecter et alerter ;
- la sécurité : mesurer et prévenir certains risques techniques liés aux installations.
Sur le terrain, les robots peuvent notamment :
- vérifier des accès (portes, barrières, cadenas) ;
- détecter des présences ;
- lire des plaques d’immatriculation ;
- surveiller la température ou la concentration de gaz ;
- signaler des anomalies physiques comme un grillage endommagé ou un équipement manquant.
L’ensemble fonctionne via une plateforme de supervision centralisée baptisée Running Brains Operations Center, qui permet de suivre les situations à distance et d’intervenir rapidement si nécessaire.
Une robotique pensée comme un système complet
Ce qui distingue aussi Running Brains Robotics, c’est son positionnement industriel.
L’entreprise insiste sur le fait qu’elle ne se considère pas comme une société de sécurité mais comme un fabricant de solutions technologiques intégrées.
Autrement dit, elle maîtrise l’ensemble de la chaîne :
- conception robotique ;
- logiciels ;
- intelligence artificielle ;
- déploiement ;
- maintenance ;
- plateforme de supervision.
Cette approche intégrée devient stratégique dans un secteur où la dépendance aux technologies étrangères soulève de plus en plus de questions, notamment pour les infrastructures critiques européennes.
Derrière les robots, un enjeu de souveraineté technologique
Le communiqué insiste d’ailleurs fortement sur cette dimension.
Aujourd’hui, les États-Unis et la Chine concentrent près de 80 % des investissements mondiaux en intelligence artificielle, tandis qu’une grande partie des technologies utilisées dans les infrastructures critiques européennes provient de solutions développées hors du continent.
Dans ce contexte, la capacité à concevoir et maîtriser des technologies souveraines devient progressivement un enjeu stratégique pour l’Europe.
Running Brains Robotics revendique justement une technologie entièrement développée en France, avec ses propres équipes d’ingénieurs et ses algorithmes propriétaires de perception et de navigation.
L’entreprise affiche même une ambition claire : devenir le leader européen des robots de sécurité autonomes à horizon 2028.
Une robotique qui ne veut pas remplacer les humains
Le sujet reste évidemment sensible.
Dès qu’il est question d’automatisation et de robotique, la question du remplacement humain revient immédiatement. Running Brains Robotics adopte ici un discours très clair : les robots sont présentés comme des outils complémentaires destinés à assister les équipes plutôt qu’à les remplacer.
Selon Jérôme Laplace, PDG de l’entreprise, l’objectif est surtout de déléguer certaines tâches répétitives afin de permettre aux agents de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée.
Au fond, ces robots racontent aussi une transformation plus large de la sécurité moderne.
On ne parle plus simplement de vidéosurveillance ou de contrôle d’accès isolé. On parle désormais d’écosystèmes complets mêlant capteurs, intelligence artificielle, supervision temps réel et mobilité autonome.
Et dans cette évolution, la question n’est plus seulement technologique.
Elle devient aussi industrielle, géopolitique et stratégique pour l’Europe.


