Vaccins intranasaux : et si le futur de la vaccination passait par le nez plutôt que par une seringue ?

Les vaccins ont profondément changé la lutte contre les maladies infectieuses. Ils protègent efficacement contre les formes graves, réduisent les hospitalisations et sauvent des millions de vies chaque année.

Mais depuis la pandémie de Covid-19, une limite est apparue plus clairement : empêcher la maladie ne signifie pas toujours empêcher le virus de circuler.

Autrement dit, on peut être protégé tout en continuant à transmettre un agent infectieux. C’est précisément cette faiblesse que veut aujourd’hui adresser AdJane, qui annonce la première validation clinique chez l’humain de sa plateforme de vaccins intranasaux basée sur des vésicules de membrane externe natives (nOMV). Les résultats de cette étude de phase I, publiés dans la revue scientifique Vaccines, viennent soutenir une approche qui attire de plus en plus l’attention : celle de l’immunité muqueuse.

Le problème, on le connaît : les vaccins protègent mais le virus passe encore

La pandémie de Covid-19 a profondément changé notre compréhension de la vaccination. Les vaccins injectables ont démontré leur efficacité pour éviter les formes graves, les hospitalisations et les décès. Sur ce point, le constat est largement partagé.

En revanche, une autre question est rapidement apparue : pourquoi des personnes vaccinées continuaient-elles à être infectées et à transmettre le virus ? La réponse tient en partie au fonctionnement même de notre système immunitaire. Les vaccins classiques déclenchent essentiellement une réponse systémique, mais beaucoup moins au niveau des muqueuses respiratoires, qui constituent pourtant la porte d’entrée de nombreux virus.

Et c’est précisément là que tout commence. Avant d’atteindre les poumons ou la circulation sanguine, un virus respiratoire passe d’abord par le nez et les voies aériennes supérieures. Si cette première ligne de défense reste peu protégée, la transmission continue malgré une bonne protection contre les formes sévères.

L’immunité muqueuse : une nouvelle génération de vaccins se dessine

Depuis quelques années, un nouveau concept prend de l’ampleur dans la recherche vaccinale : développer des vaccins capables d’activer directement les défenses immunitaires au niveau des muqueuses.

L’objectif n’est pas de remplacer les vaccins injectables, mais d’aller plus loin. En stimulant une réponse immunitaire dès le point d’entrée des agents pathogènes, les chercheurs espèrent limiter non seulement la maladie, mais aussi l’infection et sa transmission.

C’est exactement la stratégie développée par AdJane. Son vaccin est administré par voie intranasale et repose sur une technologie de vésicules de membrane externe natives, ou nOMV. Lors de son essai clinique de phase I, réalisé chez 40 adultes en bonne santé, la plateforme a démontré sa capacité à induire une réponse immunitaire systémique mais également une réponse au niveau de la muqueuse nasale, tout en présentant un profil de sécurité jugé satisfaisant.

Pour la société, cette étude constitue avant tout une validation clinique de sa plateforme technologique, qui pourra ensuite être adaptée à d’autres maladies infectieuses.

Une plateforme pensée bien au-delà du Covid-19

Si les premiers travaux utilisent la protéine Spike du SARS-CoV-2, l’ambition d’AdJane dépasse largement le coronavirus.

Sa plateforme a été conçue comme une technologie modulaire, capable d’intégrer différents antigènes afin d’être rapidement adaptée à de nouveaux agents pathogènes respiratoires. Cette flexibilité intéresse particulièrement les acteurs impliqués dans la préparation aux futures pandémies, où la vitesse de développement devient un facteur déterminant.

L’entreprise travaille déjà sur plusieurs programmes soutenus par des partenaires internationaux, notamment avec la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations pour la préparation aux pandémies, mais également avec CARB-X autour de la résistance aux antimicrobiens et de nouvelles approches contre Neisseria gonorrhoeae, responsable de la gonorrhée.

Autrement dit, AdJane ne développe pas uniquement un vaccin. Elle développe une plateforme destinée à répondre rapidement à plusieurs menaces infectieuses.

Une technologie qui pourrait aussi simplifier le déploiement mondial

Le mode d’administration n’est pas le seul atout mis en avant par la biotech. La plateforme nOMV présente également des caractéristiques logistiques particulièrement intéressantes.

Contrairement à certaines technologies nécessitant des températures très basses pour leur conservation, les vaccins développés par AdJane affichent une stabilité supérieure à deux ans et demi dans des conditions classiques de réfrigération.

Ce point peut sembler secondaire, mais il est loin de l’être. Lors de la pandémie de Covid-19, la chaîne du froid a constitué l’un des principaux défis logistiques dans de nombreux pays. Pouvoir distribuer un vaccin sans infrastructure ultra-spécialisée ouvre des perspectives beaucoup plus larges pour les campagnes de vaccination internationales.

L’enjeu n’est donc pas uniquement scientifique. Il est aussi industriel, économique et organisationnel.

Et si le vrai défi des prochains vaccins n’était plus seulement de protéger mais d’empêcher la transmission ?

La vaccination entre peut-être dans une nouvelle phase de son histoire.

Pendant plusieurs décennies, l’objectif principal consistait à prévenir les formes graves des maladies infectieuses. Demain, une nouvelle ambition pourrait progressivement s’imposer : empêcher les virus de s’installer dès leur point d’entrée et réduire leur circulation au sein de la population.

L’immunité muqueuse apparaît aujourd’hui comme l’une des pistes les plus prometteuses pour atteindre cet objectif. Les premiers résultats cliniques publiés par AdJane ne suffisent évidemment pas à démontrer l’efficacité d’un futur vaccin contre la transmission à grande échelle. Mais ils apportent une validation importante d’une plateforme qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle génération de vaccins respiratoires.

Finalement, la question n’est peut-être plus seulement de savoir comment mieux vacciner.Mais où il faut vacciner pour réellement casser les chaînes de transmission.

Clémence Minota

Je suis rédactrice spécialisée en santé et innovation, passionnée par l'impact des technologies sur l'évolution des soins médicaux. Mon expertise consiste à décrypter les dernières avancées du secteur et à fournir des contenus clairs et pertinents pour les professionnels de santé.

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