Génériques, biosimilaires, hybrides : pourquoi le marché français des médicaments “non princeps” entre dans une phase décisive

Porté par les expirations de brevets et l’essor des biosimilaires, le marché français des médicaments non princeps pourrait connaître une forte accélération d’ici 2030. Mais derrière cette croissance se cachent aussi des tensions majeures autour des prix, de la souveraineté sanitaire et de la rentabilité industrielle.

Pendant longtemps, les médicaments génériques ont surtout été perçus comme un outil de maîtrise des dépenses de santé. Une manière de réduire les coûts une fois les brevets des médicaments originaux arrivés à expiration.

Mais aujourd’hui, le sujet dépasse largement la seule question budgétaire.

Entre l’essor des biosimilaires, l’arrivée des médicaments hybrides, les nouvelles règles de substitution et les enjeux de souveraineté sanitaire, le marché des médicaments “non princeps” est en train de changer d’échelle.

Selon une nouvelle étude des Echos Études, ce marché représente déjà près de 7,9 milliards d’euros en France en 2025, avec une croissance annuelle moyenne de +7,3 % entre 2021 et 2025.

Et la prochaine vague d’expiration de brevets pourrait encore accélérer cette transformation.

Le problème, on le connaît : la France reste en retard malgré un marché en forte croissance

Sur le papier, tous les indicateurs semblent favorables.

Le cadre réglementaire devient plus incitatif, les besoins explosent et les médicaments biologiques prennent une place croissante dans les traitements modernes. Pourtant, la France reste encore en retrait par rapport à plusieurs voisins européens sur certains segments stratégiques, notamment les biosimilaires.

Dans le même temps, les industriels font face à une pression tarifaire de plus en plus forte qui réduit progressivement leurs marges et fragilise certains équilibres économiques du secteur.

Autrement dit, le marché grossit… mais sous contrainte.

Génériques, biosimilaires, hybrides : trois marchés très différents

Derrière l’expression “médicaments non princeps”, plusieurs réalités coexistent en réalité.

Les génériques restent aujourd’hui le pilier historique du marché, dominé principalement par Viatris Santé et Biogaran, avec une distribution très largement organisée autour des pharmacies de ville.

Les biosimilaires, eux, représentent un marché encore en structuration mais considéré comme l’un des plus stratégiques pour les années à venir. Ce segment est actuellement dominé par Sandoz et bénéficie d’un fort potentiel de croissance lié à l’expiration progressive de nombreux brevets de biothérapies majeures.

Enfin, les médicaments hybrides restent encore relativement marginaux. Mais l’étude souligne qu’ils constituent aujourd’hui un “angle mort stratégique” encore peu investi par les grands acteurs du secteur.

Les biosimilaires deviennent progressivement le vrai terrain de bataille

Le changement majeur vient surtout des biosimilaires.

La Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2026 a sécurisé l’extension du droit de substitution en pharmacie de ville. Résultat : le taux de pénétration des biosimilaires substituables atteint désormais 80,3 % en mars 2026, soit une progression spectaculaire de +40,8 points en seulement deux ans.

Et ce n’est probablement qu’un début.

Car plusieurs blockbusters mondiaux de l’oncologie arrivent progressivement à expiration de brevets :

  • Keytruda® ;
  • Opdivo® ;
  • Darzalex®.

Leur patent cliff entre 2026 et 2031 ouvre une fenêtre d’opportunité majeure pour les fabricants de biosimilaires.

À une autre échelle, les expirations de brevets concernant l’apixaban, la dapagliflozine, l’enzalutamide ou encore l’association sacubitril-valsartan représentent à elles seules un potentiel proche de 2 milliards d’euros pour les génériques.

Derrière les médicaments non princeps, une bataille industrielle et géopolitique

Ce que montre aussi cette étude, c’est que le sujet n’est plus uniquement pharmaceutique.

Il devient industriel, financier et géopolitique.

Les laboratoires originators déploient des stratégies pour ralentir l’arrivée des alternatives génériques ou biosimilaires. Dans le même temps, les opérations financières autour d’acteurs comme Biogaran ou Zentiva illustrent la financiarisation croissante du secteur.

Et derrière ces mouvements apparaît une question centrale : comment maintenir des prix soutenables pour les systèmes de santé sans fragiliser les capacités industrielles européennes ?

Car produire des médicaments à bas coût tout en garantissant sécurité d’approvisionnement, rentabilité industrielle et souveraineté sanitaire devient un exercice de plus en plus complexe.

Une croissance forte mais sous tension jusqu’en 2030

Les projections des Echos Études anticipent une croissance structurelle sur les trois segments à horizon 2030.

Mais cette croissance dépendra largement de plusieurs équilibres :

  • les politiques de prix ;
  • les mécanismes de remboursement ;
  • les règles de substitution ;
  • la capacité des industriels à continuer d’investir malgré l’érosion des marges.

Au fond, les médicaments non princeps racontent aussi une transformation beaucoup plus large de la pharmacie moderne.

Pendant des années, l’innovation était essentiellement associée au médicament original. Désormais, l’innovation porte aussi sur la capacité à produire, substituer, distribuer et sécuriser l’accès à grande échelle.

Et dans ce nouveau paysage, les biosimilaires pourraient bien devenir l’un des principaux champs de bataille du système de santé européen dans les années à venir.

Clémence Minota

Je suis rédactrice spécialisée en santé et innovation, passionnée par l'impact des technologies sur l'évolution des soins médicaux. Mon expertise consiste à décrypter les dernières avancées du secteur et à fournir des contenus clairs et pertinents pour les professionnels de santé.

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